Triade de l’athlète féminine

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Épidémiologie

La triade des athlètes féminines (la triade) fait référence à un regroupement de 3 entités cliniques : dysfonctionnement menstruel, faible disponibilité énergétique (avec ou sans trouble alimentaire), et diminution de la densité minérale osseuse (BMD).

Principales altérations du cycle menstruel :

  • Aménorrhée athlétique
    • de 0 à 3 cycles / an
  • Dysmenorrhée
    • Douleurs et/ou crampes pelviennes qui surviennent à tout moment du cycle menstruel
  • Oligomenorrhée
    • 4 à 9 cycles / an
  • Anovulation et raccourcissement des phases lutéales (d’une durée inférieure à 14 jours)
  • Retard de la ménarche
    • Pas de menstruations avant l’âge de 16 ans

Chez les femmes pratiquant des sports qui mettent l’accent sur l’esthétique ou la minceur, comme le ballet ou la course à pied, la prévalence de l’aménorrhée secondaire peut atteindre 69 %, contre 2 à 5 % dans la population générale.

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Dysfonctionnement menstruel

L’anomalie menstruelle la plus fréquente est l’aménorrhée qui est généralement définie comme l’absence de règles pendant 3 mois ou plus, mais peut être sous-catégorisée en types primaire et secondaire.

Le type d’aménorrhée résultant de changements dans la disponibilité énergétique est l’aménohée hypothalamique fonctionnelle (AHF). L’AHF se caractérise par l’absence de règles due à la suppression de l’axe hypothalamo-hypophyso-ovarien, sans cause anatomique ou organique identifiable. Ce type d’aménorrhée est communément associé à l’exercice et au stress. L’AHF est causée par une altération de la pulsatilité hormonale libérant la gonadotrophine, qui à son tour provoque une perturbation des impulsions de l’hormone lutéinisant (LH) provenant de l’hypophyse et de la libération de stéroïdes gonadiques par les ovaires.

La leptine, une cytokine exprimée par le tissu adipeux et fortement associée à la masse grasse, est plus faible chez le sportif aménorrhéique, probablement en raison des modifications de la composition corporelle, notamment une diminution de la masse adipeuse. Puisque la leptine a un effet positif sur la sécrétion d’hormones libérant des gonadotrophines et régule la libération des gonadotrophines, sa carence contribue à la perte des règles.

La sécrétion d’endorphines est accrue en cas d’activité physique intense, en particulier lorsqu’elle est associée à une restriction calorique, ce qui entraîne une dysrégulation de l’activité hypothalamique, une diminution de la fréquence pulsatile de la sécrétion de gonadotrophines qui se traduit par la suppression des oestrogènes, et, finalement, une maturation pubertaire tardive et une oligo- ou aménorrhée.

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Santé osseuse

La ménarche est un signal de croissance de la masse osseuse, et 25 % de l’accumulation de la masse osseuse se produit dans les 2 années qui entourent la ménarche (d’où l’importance d’éviter une amenorrhée à cette période).

Malgré des charges d’exercices similaires, les athlètes aménorrhéiques ont une densité minérale osseuse (BMD) plus faible que leurs homologues oenorrhéiques. En fait, les athlètes aménorrhéiques ont une BMD de la colonne lombaire de 10 à 20 % inférieure à celle des athlètes oenorrhéiques. L’ologoménorrhée et l’aménorrhée peuvent être préjudiciables aux os car ce sont des états hypoestrogéniques. Comme l’oestrogène inhibe normalement l’activité des ostéoclastes, un déficit de cette hormone peut provoquer une perturbation du remodelage osseux et une accélération de la résorption osseuse.

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Les complications de la triade

Le dysfonctionnement menstruel peut entraîner une stérilité due à l’absence de développement folliculaire ovarien, à l’anovulation ou à des défauts de la phase lutéale.

De faibles niveaux d’oestrogènes peuvent provoquer un dysfonctionnement endothélial, entraînant des maladies cardiovasculaires.

Les femmes confrontées à la triade ont également une fonction immunitaire diminuée et une altération du métabolisme oxydatif des muscles squelettiques.

De même, la reprise des menstruations, ne résout pas immédiatement les problèmes de BMD mais amorce la reconstruction osseuse nécessaire pour diminuer le risque futur d’ostéoporose et de fractures.

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Dépistage et diagnostic

L’aménorrhée hypothalamique étant un diagnostic d’exclusion, d’autres étiologies doivent être exclues. Par exemple, l’hyperandrogénisme (hirsutisme et acné) peut suggérer un syndrome des ovaires polykystiques, ou, plus rarement, une tumeur sécrétant des androgènes ou une hyperplasie surrénale à déclenchement tardif comme cause de l’aménorrhée.

La BMD doit être évaluée chez toutes les jeunes femmes ayant des antécédents d’hypoestrogénisme (c’est-à-dire de dysfonctionnement menstruel), de trouvles de l’alimentation et/ou des antécédents de fractures de stress ou de fractures résultant d’un traumatisme minime.

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Traitement

La première étape consiste à modifier le régime alimentaire et les programmes d’exercice pour augmenter la disponibilité énergétique globale (c’est-à-dire réduire la dépense énergétique et maximiser l’apport énergétique). Les athlètes peuvent avoir besoin d’augmenter la disponibilité énergétique à au moins 30 kcal/kg de masse sans graisse par jour pour reprendre leur règles.

La pulsatilité de la LH a été perturbée lorsque l’apport calorique a été limité à < 30 kcal/kg de masse sans graisse par jour chez la plupart des femmes.

L’augmentation simultanée du poids corporel qui se produit avec l’altération du régime alimentaire et de l’exercice et la reprise des menstruations améliore la BMD chez les athlètes auparavant aménorrhéiques.

De nombreux athlètes résistent aux réductions de l’entraînement ou aux modifications de leur alimentation. Par conséquent, il peu être nécessaire d’explorer d’autres méthodes de traitement tout en insistant sur la nécessité d’améliorer l’équilibre énergétique.

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Sources :

  1. Nazem, T. G., & Ackerman, K. E. (2012). The female athlete triad. Sports health4(4), 302-311
  2. Isacco, L., Duché, P., & Boisseau, N. (2012). Influence of hormonal status on substrate utilization at rest and during exercise in the female population. Sports Medicine42(4), 327-342.

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